Découvrez la visite virtuelle de l’Eglise
Saint Martin de Grosrouvre :
samedi 31 août 2013
mercredi 28 août 2013
Programme des Journées du Patrimoines des 14 et 15 septembre 2013
Dans le cadre
des Journées du Patrimoine les 14 et 15 septembre 2013 dont le thème est "1913
- 2013: Cent ans de protection", l'Association des Amis de Grosrouvre
vous invite à participer aux différentes manifestations organisées à cette
occasion :
* Des visites
guidées et commentées de l'église de 10h à 18 h, classée monument historique
grâce à la richesse de ses peintures murales.
* La vente
d'ouvrages réédités des écrivains ayant vécu à Grosrouvre au siècle dernier.
* Une exposition
animée par un expert en géologie, Monsieur LANGEVIN, sur "les fossiles du
bassin parisien" à laquelle les élèves de l'école seront associés. Horaires : sam-dim 10h -18h
* Un concert en
l’Eglise de Grosrouvre le Samedi 14 septembre à 20 h 30 "Chœur
d'Homme" dirigé par Françoise LEGRAND interpréteront des chœurs d'opéra et
chants classiques.
mercredi 31 juillet 2013
Formation aux enduits à la chaux à la Ferme communale de Janvry - 27 et 28 septembre 2013
La commune de
Janvry avec l’aide du Parc Naturel Régional de la Haute Vallée de Chevreuse va
restaurer la façade ouest de la ferme communale.
Le bâtiment
antérieur au XIXe situé au cœur du village va, à cette occasion, accueillir une
formation démonstration pour la mise en œuvre d’enduits à pierre vue en
partenariat avec le centre de formation de Maisons Paysannes de France.
Ce chantier sera
accessible aux Janvryssois et aux membres des délégations Yvelines et Essonne
de Maisons Paysannes sur inscription.
Renseignements :
b.houguet@parc-naturel-chevreuse.fr
Programme,
bulletin d’inscription à télécharger : http://www.parc-naturel-chevreuse.fr/news-vallee-de-chevreuse/actu/formation-aux-enduits-a-la-chaux-27-et-28-septembre.html?pagination=
mardi 30 juillet 2013
Georges Devèche, Peintre verrier
QUI EST GEORGES
DEVECHE!?
Georges Devèche est né à Paris le 27
janvier 1903. Son grand-père, Alexandre Devèche, arrive de sa Picardie natale
en pleine période haussmannienne.
Il crée une petite usine de stuc, matériau fort employé à l’époque,
installe ses premiers bureaux à Paris rue de Constantinople avant de faire
construire un immeuble de rapport rue Brey, près de l’Etoile, où il vit avec sa
famille et y aménage ses bureaux.
Georges Devèche devant sa tapisserie « Le Chasseur »
Son fils Pierre intègre la
Maison de décoration paternelle, se marie, a deux fils, Georges et André, et
s’installe à Versailles.
Georges, de santé fragile - il est
asthmatique - ne peut faire d’études et rejoint l’affaire familiale où il
travaille avec son père et André, son frère cadet, et participe à d’importants
ensembles décoratifs. Ils créent du mobilier, dessinent des tapis. On parle du
style « Devèche ».
Au cours d’un Salon de décoration il
rencontre Paule Bouvret, de onze ans son aînée, qui crée des lampes à claustras
et des lustres avec
une amie, soeur du peintre orientaliste Etienne Dinet.
Il l’épouse en Août 1929 en l’église
Saint-Germain des Prés et le couple s’installe à Paris, rue Bonaparte dans le
Vie arrondissement.
Leur fille, Monique, naît en 1934.
À cette époque, l’oncle et la tante
de Paule louent une petite maison au Chêne Rogneux, à Grosrouvre, où ils
invitent leurs neveux.
Georges Devèche tombe amoureux du Pays
des grenouilles bleues et de la maison, si bien que lorsque
le propriétaire veut la vendre, il décide de l’acheter.
Retardée par la guerre, la vente ne
se réalisera qu’en 1942.
Toutes les vacances se passent à
Grosrouvre.
La famille y vit le bombardement de
1944, puis la libération.
Eglise Ste Jeanne d’Arc à Limoges :
maquette pour un vitrail en dalle de verre
Un des vitraux de l’église de Nouic
(Haute-Vienne)
Vers 1956, Georges Devèche fait la
connaissance de Francis Chigot, maître verrier à Limoges avec qui il exécutera
les vitraux de l’église Ste Radegonde à Poitiers, ceux de l’église Ste Jeanne
d’Arc à Limoges, et ceux de l’église de Nouic (87) et de Boussac (87).
À la mort de Francis Chigot,, son
atelier ne sera pas repris par un maître verrier, il prendra le nom d’Atelier
du Vitrail et sera dirigé par un administrateur.
Georges Devèche, jusqu’à sa mort, en
1974, y travaillera avec les ouvriers verriers de cet atelier.
C’est grâce à deux de ces ouvriers
de l’Atelier du Vitrail de Limoges, Messieurs Dessart et Beauvais, qui ont
étroitement travaillé avec Georges Devèche et qui ont bien voulu chercher à la
fois dans leur mémoire et dans les archives de l’Atelier, qu’a pu être réalisée
l’exposition présentée en l’église de Grosrouvre les 15 et 16 septembre 2007
sous le patronage des « Amis de Grosrouvre ».
Merci à Monsieur Didier Bayle, administrateur
actuel de L’Atelier du Vitrail de Limoges, d’avoir bien voulu prêter une grande
partie des maquettes exposées.
GEORGES DEVECHE, UN
PEINTRE VERRIER
Georges Devèche après avoir été
décorateur, peintre cartonnier de tapisseries, a surtout été pendant les vingt
dernières années de sa vie, un peintre verrier...
Qu’est-ce qu’un peintre verrier ? C’est l’artiste qui conçoit le vitrail. Il fait d’abord une
maquette, souvent une simple ébauche, graphisme à peine esquissé, taches de
couleurs. Si l’idée de son projet est acceptée, il va réellement dessiner le
vitrail à petite échelle, indiquer les couleurs avec précision.
Mais il n’exécutera pas le vitrail
lui-même, il travaille avec un maître verrier, qui est également un artiste.
C’est dans l’atelier de ce maître verrier que les vitraux sont exécutés.
Le peintre verrier a besoin du
savoir-faire et des outils du maître verrier.
Peintre verrier et maître verrier
signent tous deux leur oeuvre commune.
Georges Devèche a toujours pris une
grande part à l’exécution de ses vitraux : dessins d’exécution grandeur nature
sur calque pour la découpe des verres, choix des verres, peinture sur les
verres.
En ce qui concerne les vitraux de
Grosrouvre, ils ont été exécutés dans l’atelier André Ripeau. Les vitraux de la
chapelle du Couvent Saint Gildard à Nevers qui abrite la châsse de Sainte
Bernadette sont également signés Georges Devèche-André Ripeau.
Chapelle du couvent St
Gildard à Nevers - un des vitraux du transept
Lorsque le jeune abbé Bagnol arrive
à GROSROUVRE en 1947, Georges Devèche sympathise avec lui et c’est ainsi qu’un
jour l’abbé propose à l’artiste de créer des vitraux pour l’église sinistrée.
Celui-ci accepte avec enthousiasme.
Jusqu’alors, avec son père et son
frère André, il avait participé, entre autres, à la décoration du pavillon de
l’Algérie à l’exposition coloniale de 1931, puis à celle de la salle des fêtes
de la mairie du XIVe arrondissement à Paris, mais, plus indépendant il s’était
orienté vers la tapisserie, répondant à de nombreuses demandes du Mobilier
national.
En 1943, il reçoit commande de la
ville de Paris de la tapisserie qui orne toujours depuis 1946, la salle
d’audience du tribunal pour enfants de Paris.
Après la réalisation des vitraux de
Grosrouvre, de peintre cartonnier de tapisseries, Georges Devèche va devenir
peintre verrier.
Église de Méré - St
Pierre marchant sur les eaux
Il décède en 1974 et repose au
cimetière de Grosrouvre.
Sa fille vient toujours à Grosrouvre
avec sa famille dans la petite maison du Chêne Rogneux.
Quelques réalisations de
vitraux pour les monuments historiques
NOGENT-SUR-SEINE (Aube) Eglise du XVIème - Les 3
vitraux de l’abside
RODEZ (Aveyron) La cathédrale - 5
verrières de la haute nef
ALBINHAC (Aveyron) Petite église XVème-XVIème
- L’ensemble des vitraux
MONTSALVY (Cantal) Eglise XIIème et XIIIème - Tous les vitraux de la nef, du transept nord, abside
et absidioles
BARBEZIEUX (Charente) - L’ensemble des 24
vitraux
CONZAC (Charente) Eglise romane -
L’ensemble
ROYAN (Charente-Maritime) Eglise
Saint-Pierre XIIème - L’ensemble des vitraux
SAINT-MARTIN-DE-RE (Charente-Maritime) - 2 vitraux de
l’abside
ILE D’OLERON (Charente-Maritime) Saint-Georges
d’Oléron, église romane - L’ensemble
CORNIL (Corrèze) Eglise romane - L’ensemble
des vitraux
CONDOM (Gers) Eglise Saint-Pierre (ancienne
cathédrale) - Grand ensemble de 7 verrières côté sud
SAINT-GERMAIN-LA-PRADE (Haute-Loire) - L’ensemble des
vitraux
LOUPIAN (Hérault) Eglise Sainte-Cécile -
L’ensemble des vitraux
MOIRAX (Lot-et-Garonne) Eglise romane -
Vitraux de l’abside
LAYRAC (Lot-et-Garonne) Eglise romane -
Abside et absidioles
ORCIVAL (Puy-de-Dôme) Basilique Notre-Dame
XIème - L’ensemble des vitraux de la crypte
BOURG-LASTIC (Puy de Dôme) Eglise romane -
Vitraux de l’abside, transept, rosace et nef
MONTFERMY (Puy-de-Dôme) Eglise romane -
L’ensemble des vitraux
LADIGNAC-LE-LONG (Haute-Vienne) Eglise XVIIème -
L’ensemble des vitraux
POITIERS (Vienne) Eglise Sainte-Radegonde - 2
vitraux gauche et droite de la tribune de grandes orgues
L’HISTOIRE DES
VITRAUX DE GROSROUVRE
« …Dès qu’il pénètre dans l’église
de GROSROUVRE en chantier depuis le bombardement*, il y a encore des trous dans
la toiture et les gouttières ont disparu, l’Abbé Bagnol** est immédiatement
frappé par son ambiance sinistre et sombre en dépit de la lumière qui tombe des
vitres ordinaires placées sur les fenêtres. À part les peintures murales qui se
trouvent tout au fond au-dessus du baptistère, il constate qu’on ne distingue
pratiquement plus rien sur les murs délavés qui ont pris l’eau et sont
recouverts de salpêtre. C’est ainsi que lui vient rapidement l’idée de
déboucher les fenêtres du choeur et de poser partout des vitraux, assisté dans
ses projets par Noël Tynaire et Georges Devèche, un Parisien qui peint des
cartons de tapisserie.
Pour réaliser une entreprise de
cette envergure, il faut bien entendu trouver des fonds, ce qui entraîne
l’organisation de grandes kermesses en été lorsque tous les Parisiens sont là.
…Tandis qu’il travaille déjà sur des
projets de vitraux pour l’église, Georges Devèche est également sollicité afin
de concevoir différents édicules permettant d’abriter une statue de la Vierge
sur chaque carrefour de la commune… L’oratoire du Buisson est réalisé le
premier en 1953 par les frères Daniel et Roger Moulin assistés du jeune Roger
Emond, tous trois ayant posé pour la postérité. Celui des Haizettes est daté de
1954 et porte sur son socle les trois noms associés de Lucien Binet, Georges Devèche et l’Abbé Bagnol…
Église de Grosrouvre : St Martin
donne son manteau à un malheureux
Église de Grosrouvre : un des
vitraux du choeur
…Mais revenons aux vitraux et ce
qu’en dit Message en
juillet 1954 :
Le jour de la Pentecôte, trois
nouveaux vitraux ont été bénis. Le choeur de l’église est plus sombre, plus
recueilli comme il convient à l’impressionnante présence silencieuse de Dieu.
Dans un an, les trois derniers
vitraux viendront donner la définitive atmosphère religieuse de la nef et
dissiper l’inévitable malaise d’aujourd’hui dû à la rencontre de deux lumières,
celle du jour trop brutale et celle des vitraux tamisée, priante. Merci à
Monsieur Devèche, nous le connaissons bien. Merci à MM. Pierre et Louis Totain,
ils ne comptent plus les heures passées à l’église où nous les trouvons tard
dans la nuit pour que tout soit parfait.
Les neuf vitraux de l’église ont
dont été réalisés en trois fois et ceux du choeur ont été posés et bénis au
printemps de 1954…
… Dès le départ, la seule vraie
question fut de savoir si l’on ferait seulement de la couleur ou si l’on mettrait
un peu de figuratif dans un ensemble voulu de toutes façons « moderne ». Le
choix s’est finalement porté sur des dominantes bleues du côté nord qui est
aussi celui de l’autel de la Vierge, trois vitraux devant évoquer la vie du
saint patron de la paroisse. C’est ainsi qu’à côté de la peinture de l’Agneau
Pascal au fond, Saint Martin fend son manteau en deux pour recouvrir un
malheureux, qu’entre le banc d’oeuvre et le choeur il convertit le chef des
brigands qui viennent de l’attaquer, tandis que sur le côté nord le nouvel
évêque de Tours continue sa vie monastique à Marmoutier.
Église de Grosrouvre : vitrail du
banc d’œuvre
La période de la guerre étant encore
dans tous les esprits, la fenêtre du banc d’œuvre accueillera le mot Pax mais le choix des deux vitraux à
placer au fond du choeur s’avère un peu plus délicat. L’abbé apprécie les
propositions de l’artiste, mais « trouve que l’encensoir est trop systématique
», il aurait souhaité que le mouvement « parte d’un feu moins stylisé »,
autrement dit que l’encensoir soit «moins figuratif, plus expressionniste en
quelque sorte ». Le peintre cartonnier oppose alors que le motif est linéaire
et qu’il est bien difficile de montrer quelque chose qui ne le soit pas
également, c’est finalement lui qui l’emporte. Retenons également que les neuf
vitraux réalisés à Grosrouvre n’ont pas été arrondis en haut pour les terminer,
Georges Devèche voulant ainsi montrer qu’il ne les a pas fermés.
Au début de 1955, les trois derniers
vitraux sont posés comme prévu. »
Extraits du livre de Claire
Salvy, Grosrouvre d’un siècle à l’autre, 1999
*Bombardement allié du dimanche
13 août 1944
**L’abbé Bagnol, tout juste
ordonné prêtre, arrive à Grosrouvre le 10 août 1947
Exposition Georges Devèche à Grosrouvre - Journées du patrimoine 2007
Le peintre verrier
Georges Devèche
(1903-1974)
créateur des vitraux de Grosrouvre
Georges Devèche est né à Paris le 27 janvier 1903 dans une famille de
décorateurs, son grand-père, Alexandre Devèche (1844-1908) étant arrivé à Paris
de sa Picardie natale en pleine période haussmanienne. Ce dernier a d’abord
créé une petite usine de stuc,
matériau fort employé à l’époque, avant de s’associer à 23 ans avec un
décorateur ornemaniste de la rue de Constantinople et de faire ainsi fortune,
construisant enfin un immeuble de rapport dans la rue Brey, près de l’Etoile,
afin d’y transférer son domicile et ses activités en 1882.
La formation de Georges Devèche a donc été assurée dans la maison de décoration
familiale par son propre père Pierre Devèche (1877-1941), lequel avait pris la
suite d’Alexandre comme décorateur-ensemblier. La maison Devèche est alors
devenue, dans l’entre-deux-guerres, un prestigieux lieu de création où
s’élaborent à la fois des meubles, des objets, des tapis et de la tapisserie.
Tandis que son frère André gardera toute sa vie l’orientation familiale
de décorateur-ensemblier, Georges Devèche va consacrer peu à peu l’essentiel de
son activité à la peinture de cartons de tapisserie. C’est ainsi qu’il réalise après la seconde guerre
mondiale, à la demande de la Ville de Paris, la fameuse tapisserie monumentale
du Jugement dernier, toujours en
place depuis 1946 dans la salle d’audience du tribunal pour enfants du Palais
de Justice de Paris.
De nature discrète et contemplative, il se trouve que Georges Devèche
est aussi profondément croyant. Passant ses dimanches et ses vacances à
Grosrouvre avec sa famille, il fait inévitablement connaissance avec André
Bagnol (1922-2004), vicaire desservant de cette paroisse, lequel est arrivé au
doyenné de Montfort-l’Amaury le 10 août 1947. C’est celui-ci qui va rapidement
convaincre son « paroissien parisien » de créer des vitraux pour l’église
multiséculaire de Grosrouvre, qui reste complètement dévastée depuis le
bombardement allié qui s’est abattu sur la commune le dimanche 13 août 1944
(juste après la messe, au moment de passer à table), alors même que Georges
Devèche se trouvait comme d’habitude au Chêne-Rogneux avec sa famille.
Il s’avère que l’élaboration et la réalisation des vitraux de l’église
de Grosrouvre vont provoquer chez l’artiste un véritable déclic – le faisant
passer de la tapisserie aux vitraux – ce qui l’amène à déployer son goût
naturel pour l’architecture en s’écartant définitivement de la rue Brey pour se
fondre dans le grand mouvement d’art sacré de l’immédiat après-guerre. C’est en
effet le chantier de Grosrouvre (les vitraux, mais aussi l’autel de la Vierge
et les deux petits oratoires édifiés sur les principaux carrefours du village)
qui transforme de facto le peintre
cartonnier reconnu des années cinquante en éminent peintre verrier, s’affairant
désormais dans une multitude d’autres églises, romanes ou gothiques, durant les
quinze dernières années de sa vie.
Les vitraux de Georges Devèche, qui aime aller contempler pendant de longues heures
les verrières de la cathédrale de Chartres, sont ainsi profondément pensés pour
créer une atmosphère de prière, comme le sont les musiques d’orgues ou les
chants. Il y a donc peu de sujets précis à regarder dans ses vitraux, peu de
descriptif, car ce qu’il recherche avant tout, c’est à créer une symphonie de
couleurs destinée à toucher l’imagination, la sensibilité, l’être intérieur de
chacun.
En ce qui concerne les vitraux de Grosrouvre qui constituent son « banc d’essai » (trois sur les
neuf qui lui ont été commandés étant destinés à évoquer Saint Martin de manière
figurative, car il est le patron de la paroisse), commençons par les trois
vitraux de gauche qui vont de l’autel de la Vierge jusqu’au choeur. Situés du
côté nord, là où le soleil
ne vient jamais traverser le vitrail, leur lumière à dominante bleue (où se
mêlent quelques rouges, mauves et ors) est douce et directe afin de garder le
maximum de clarté. C’est de ce côté que se trouve l’un des trois vitraux
figuratifs, nous montrant sobrement Saint-Martin devenu évêque de Tours sans
pour autant renier son idéal monastique à Marmoutier.
À l’est, là où la lumière du soleil rayonne dès l’aurore, se
trouvent les deux verrières du choeur qui ont été repercées après la seconde
guerre mondiale, mutilant ainsi les peintures murales, quasiment considérées
comme perdues, qu’avait initiées l’Abbé Pascal (1867-1932) avec son ami
Dusouchet (1876-1936) à l’issue de la Grande Guerre. Georges Devèche y conserve
les mêmes tonalités de bleus mêlées de touches rouges et mauves, tout en
glissant dans leur composition deux encensoirs quelque peu linéaires. Chacun de
ces vitraux est souligné d’un verset inspiré de psaumes couramment utilisés
dans la liturgie : « Terre, chante la gloire du Seigneur » et « Seigneur !
Renouvelle la face de la terre », leur contemplation – de part et d’autre du
Christ monumental installé par l’Abbé Pascal – étant à l’évidence destinée à
susciter la prière.
Du côté sud, là où le
soleil et l’ombre jouent à tout moment à l’intérieur de l’église, se trouvent
les quatre derniers vitraux (dont deux destinés à relater la vie de Saint
Martin, l’un nous le montrant convertissant le chef des brigands qui viennent
de l’attaquer, et l’autre en train de couper son manteau en deux pour couvrir
un malheureux). Figuratifs ou non, ces quatre vitraux particulièrement lumineux
apportent une lumière chatoyante due à la richesse de leurs couleurs, où ce
sont maintenant les tons rouges et or qui dominent. Notons aussi que vitrail
situé au-dessus du banc d’oeuvre s’orne d’un motif rayonnant au centre duquel
figure le mot « Pax », la période de la guerre restant en effet bien présente
dans tous les esprits.
Il convient encore de noter que parmi les innombrables vitraux de
Georges Devèche postérieurs à ceux de Grosrouvre, le vitrail qui se trouve du
côté de l’autel de la Vierge frappe, chaque fois que c’est possible, par la
profondeur de sa coloration qui semble incrustée de pierreries, « symbolisant
l’annonce biblique de Celle qui était de tous temps destinée à sa mission
royale d’enfanter le fils de Dieu ».
« Je voudrais que le sanctuaire soit resplendissant » disait notamment Georges Devèche à propos des vitraux
de l’église de Barbezieux. Ce qu’il voulait aussi, c’était un programme
ambitieux, peu figuratif mais vivant et harmonieux. C’est ainsi que pour chacun
des lieux où il est sollicité, il étudie soigneusement l’ensemble des
verrières à réaliser afin que
l’église n’en ressorte pas assombrie, bien au contraire, cherchant à harmoniser
entre eux des tons très riches et souvent très foncés, le tout se voulant un
poème de couleur et de lumière à la gloire du Seigneur, dans une église
rénovée, jeune et belle ! – Comment ne pas penser alors à l’Abbé Pascal qui
parlait de son église de Grosrouvre comme d’une épouse ? – Psaumes, chants
sacrés à la gloire de Dieu, telle est la ligne suivie pour insinuer plus que
pour représenter. C’est tout l’émerveillement des vitraux du Moyen-Âge que
GEORGES DEVECHE tente de retrouver, par leur aspect de ruissellement coloré,
mais vus par nos yeux d’aujourd’hui, plus sensibles au seul jeu des couleurs et
des effets d’ensemble. C’est aussi par le morcellement des pièces de verre que
s’opère cette harmonisation. Chaque baie en comprend des centaines dont les
coloris se fondent, se mélangent, se dégradent en souplesse, ou se choquent
tour à tour, afin de créer pour chacune des fenêtres une composition vibrante
dans laquelle toutes les heures du jour apporteront leur mystère évocateur.
Ainsi la liturgie, la musique et les voix doivent-elles constituer un
tout avec le décor des vitraux.
Les coloris de Georges Devèche déploient ainsi toutes les gammes de bleu et d’or qui
se marient parfaitement aux tons clairs ou profonds des autres couleurs. Mais
ce sont surtout l’abside et le côté sud qui doivent à toute heure du jour
charmer le coeur, le regard et l’esprit. Comme en disserteraient les experts du
Moyen-Âge, découvrez dans les vitraux Devèche les rubis et les topazes, les émeraudes
et les turquoises, les améthystes et les saphirs, mais aussi, pour les mettre
en valeur, les feuilles mortes, les blancs purs et les « contrastés ». Avec
quelques rayons de soleil, cette symphonie se déploie en effet comme de
vivantes et magnifiques tapisseries dans les embrasures, sur les murs et sur
les dallages. Et s’il vous est déjà arrivé de vibrer en écoutant un chant de
Noël ou la touche rapide et légère d’une musique sacrée, le scintillement de
ces vitraux devrait vous apporter la même plénitude et le même plaisir. De
même, si vous faites un tour à la tombée du jour dans certaines des églises
traitées par Georges Devèche, laissez-vous prendre par la profondeur de ton que
ses vitraux dégagent alors inévitablement.
Il convient néanmoins de souligner au passage l’aptitude de Georges
Devèche à respecter chaque fois que nécessaire la sobriété de certains des
édifices qui lui ont été confiés, lui faisant alors adopter un graphisme et des
coloris proches des vitraux cisterciens. En effet, conformément à la Règle de Saint Bernard qui
interdit aux moines de décorer leurs églises de vitraux peints et de couleurs,
la réfection des grisailles de certains édifices nécessite une grande économie
de moyens, tout en multipliant les effets ornementaux à partir d’entrelacs et
de motifs géométriques ou végétaux enserrés dans leurs résilles de plombs.
Les exemples les plus emblématiques des créations de Georges Devèche
d’inspiration cistercienne sont ainsi l’église Saint-Bernard de Montsalvy dans
le Cantal (XI° siècle), l’église Notre-Dame de Moirax dans le Lot-et-Garonne
(XI° et XII° siècles), et l’église Sainte-Cécile de Loupian dans l’Hérault
(gothique languedocien du XIV°).
L’Atelier du Vitrail de Limoges (qui signe A.V.L.), a réalisé la
plupart des chefs d’oeuvre du peintre verrier Georges Devèche à partir des
maquettes et des cartons de celui-ci, lui-même n’hésitant jamais à mettre la
main à la pâte aux côtés de l’ouvrier verrier. C’est donc tout simplement la
localisation géographique de cet atelier (dirigé par un administrateur et non
par un maître verrier), qui explique la concentration marquée des vitraux de
Georges Devèche dans le centre et le sud-ouest de la France.
Quelques écrits de Georges Devèche (pour l’église Saint-Mathias de Barbezieux en 1970)
« J’ai beaucoup travaillé pour composer le choeur ; les dessins à la
grandeur d’exécution, et tout le numérotage des colorations sur chaque pièce,
ainsi que la recherche et l’indication des plombs de différente grosseur, ce
qui contribue grandement à faire chanter le graphisme. Actuellement [le 28 mai 1970], toutes les pièces de verre sont
coupées, environ dix mille, simplement pour le choeur ; il reste à faire le
montage en plomb.
Au travers des yeux et des voix, j’espère aussi un regard de Celui
qui est au-delà ! Dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, le sens du
sacré est sans doute le levier qui allège le poids de l’effort et qui nous aide
tant !
J’essaie de situer tant bien que mal l’état d’esprit qui est le mien
pour réaliser ce grand travail : c’est encore et ce sera toute ma vie une
immense joie d’avoir pu m’exprimer dans la couleur et la lumière dans votre
belle église ».
Selon les termes d’une petite brochure diffusée à Barbezieux, « Georges
Devèche a regagné la Vraie Lumière [à
Paris] le 10 décembre 1974. Il est en Dieu Qu’il a servi de tout son être et
Qu’il a voulu glorifier par ses merveilleux vitraux ». Et c’est au cimetière de Grosrouvre qu’il repose
modestement avec son épouse Paule, non loin de la famille Tinayre.
L’art du vitrail n’existant que dans la relation du verre et de la
lumière, nous pouvons terminer – sans grand risque de nous tromper – en
soulignant à quel point le peintre verrier Georges Devèche fut dans la dernière
période de sa vie un authentique « passeur de lumière ».
Des joyaux
des pierres précieuses
musique des couleurs
de l’aurore à midi
crépuscule flamboyant
d’or et de feu
Claire SALVY
auteur de Grosrouvre d’un siècle à l’autre, 1999
mardi 4 juin 2013
Exposition "Pierre Prins, un pastelliste impressionniste"
EXPOSITION
PIERRE PRINS
Vous
trouverez ci-après un lien vers une vidéo concernant l'exposition intitulée
« Pierre Prins, un pastelliste impressionniste », qui est
actuellement présentée au Musée des Terre-Neuvas & de la Pêche de Fécamp.
Pierre Prins
est le peintre dont l'Association a acheté un pastel représentant l'église de
Grosrouvre, lequel est représenté sur les cartes d'adhérents.
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